"L'Esprit de Dieu
repose sur moi, m'a consacré, m'a envoyé..."

Les paroles du chant que nous venons d'entendre reproduisent un passage des Ecritures, dans la disposition d'un texte en abîme, c'est-à-dire renvoyant d'un texte du Nouveau Testament à un autre texte du Premier testament.Vous connaissez ce cantique, qui appartient au fond commun de nos cantiques paroissiaux. Les paroles sont adaptées d'un texte de l'Ecriture lu et commenté par Jésus, un texte prophétique que l'on trouve dans le livre du prophète Esaïe.

La scène se passe à Nazareth, la ville de Galilée où habitaient Marie et Joseph, et où Jésus a été conçu par l'action de l'Esprit saint . L'Evangile de saint Luc a condensé en une scène dramatique les différentes visites que Jésus a pu rendre à sa ville d'origine, Nazareth de Galilée. Jésus y fut fêté, il y enseigna, il en fut rejeté. Jésus est donc représenté à Nazareth de Galilée. L'Esprit l'y avait poussé après qu'il avait reçu, dans le fleuve Jourdain, le baptême de son cousin Jean. Éprouvé par les tentations au désert, il commence son ministère public en prêchant dans les synagogues autour du Lac. Le voici de retour à Nazareth, un jour de shabbat. C'est le jour de la réunion communautaire à la synagogue, pour écouter les lectures de l'Ecriture, lectures de la Loi et des prophètes. Les concitoyens ont entendu dire par leurs voisins, que ce nazaréen prêchait bien, et ils se pressent pour l'écouter.

Relevons que cela ne signifie absolument pas que Jésus fût pris pour un théologien. Ce n'est qu'au XIXè siècle qu'on s'est mis à parler du "rabbi de Nazareth". Il manquait à Jésus, pour être un rabbin, ce qui permettait d'identifier ces docteurs de la Loi: les études théologiques, qui étaient, de son temps, fixées avec une rare précision. Jésus, un "citoyen"de Nazareth, est invité à commenter la lecture comme un fidèle honorable, non pas comme un théologien; on demandait d'abord si un cohen était présent, puis un levi, puis on invitait quelqu'un que l'on voulait honorer.

On lui présente donc le rouleau du livre, et il lit dans le prophète Esaïe:

Empruntons à saint Luc, de façon littérale, la suite du récit: en effet, car notre Evangéliste décrit la scène de manière tout à la fois concise et dramatique :

Voilà ce que nous rapporte l'Évangile de saint Luc. Le texte que Jésus lit ce jour-là provient du prophète Esaïe: la version que nous avons lue n'est pas tout à fait ce qu'on peut lire dans le texte hébreu d'origine: elle ajoute au texte hébreu une mention symbolique des aveugles qui retrouvent la vue. Jésus est venu éclairer, rendre la vue, à ceux qui ne pouvaient pas lire exactement les Ecritures. Une première partie de la prédication dut certainement parler du Messie à venir. Ces beaux récits enthousiasmaient une population prête au rêve et nourrie d'espérance dans la venue d'un "libérateur" .

Mais Jésus se met aussi à prêcher la vraie nature de sa mission, son universalité. Comme certaines tendances, minoritaires, du judaïsme de son temps, il annonce un messianisme à caractère universaliste . Il ne s'agit pas seulement de sauver les Juifs, et Jésus rappelle des exemples dans les saintes Ecritures: une veuve païenne, une femme de Sidon, fut guérie par Elie, et c'est un autre païen, le général syrien Naaman, qu'Elisée a guéri de la lèpre. Non seulement l'objet de cette espérance messianique n'est pas le monopole d'Israel , mais Israel en paraît même exclu, au profit des païens.

On comprend que la foule, d'abord charmée par le récit des temps à venir, se fût soudain sentie agressée, violemment contestée, dans cette remise en cause du caractère privilégié de l'alliance et de la venue messianique pour Israël, et pour le seul Israël. La provocation était grosse, et Jésus heurtait de front les convictions moyennes de ses auditeurs et leur espérance .

De la sorte, la mise en oeuvre du programme messianique apparaît dès le message historique de Jésus. Il s'est donné immédiatement à percevoir comme porteur de l'Esprit, dans la lignée des prophètes. Les premiers chrétiens ont évité de lui donner ce titre de "prophète", qu'ils jugeaient réducteur à côté de celui de "Messie" et de "Sauveur". La possession par l'Esprit s'accompagne, de surcroît, chez les premiers chrétiens, du parler en langues, un phénomène qui n'apparaît pas dans les Evangiles. Mais c'est précisément cet éloignement du titre prophétique qui conduit à penser qu'il fut utilisé par Jésus pour lui-même, comme en témoigne ce récit de la synagogue de Nazareth: Jésus Messie ne répugne pas à se dire prophète, porte-parole du Père .

Dans la crise que traverse le judaïsme du 1er siècle, le rôle de l'Esprit était à peu près généralement tenu pour éteint . Sans doute, au temps lointain des Patriarches, tous les personnages justes et pieux avaient l'Esprit de Dieu. Mais cette présence diminua au cours de l'histoire, dans les turpitudes d'Israël, au point qu'à la mort des derniers prophètes écrivains , Aggée, Zacharie, Malachie, l'Esprit s'éteignit. Au temps de Jésus, les rabbins enseignaient que la voix de l'Esprit s'était tue avec les derniers des prophètes .

Tout au plus pouvait-on entendre son écho, bat qol , "l'écho de la voix" du Seigneur. Lorsque des disciples de Jean le Baptiste reçoivent à Ephèse l'enseignement de Paul sur l'Esprit saint, ils disent : "nous n'avons pas encore entendu dire qu'il était de nouveau présent" (c'est bien ainsi qu'il faut comprendre leur réponse, Actes 19, 2 ).

L'espérance d'Israël tenait dans le retour de l'Esprit , et c'est pour cela que Jean le Baptiste attire les foules qui acclament un prophète et même, comme le dit Jésus, "plus qu'un prophète", "plus que Jonas" (Matthieu 11, 9 et parallèle: Luc 7, 26). Ce plus doit être bien entendu: non seulement l'histoire inaugurée par l'Alliance va être remise en route, mais elle va atteindre son terme . L'Esprit revient de manière définitive, pour la dernière fois. Sa présence inaugure le temps du salut.

Un dit de Jésus particulièrement important nous permet de comprendre cette mission:

Une étude attentive de ce texte en révèle toute l'ancienneté et éclaire la complexité du sens. On le trouve en effet en araméen dans le Talmud de Babylone , dans un contexte de dérision qui en assure l'authenticité, puis dans une source judéo-chrétienne, remaniée par un auteur musulman, qui fait dire à Jésus:

En effet, traduire par "accomplir", comme nous l'avons fait, ne vaut que pour la Loi, tandis que "réaliser" ne vaudrait que pour les prophéties. Jésus vient à la fois garder la Loi et réaliser les prophéties, il vient en quelque sorte valider, authentifier et la Loi et les Prophètes. Il redonne voix à l'Esprit, qui se révèle "en Parole et en Oeuvre" (Luc 24, 19). La mission messianique de Jésus est d'abord la dernière et définitive intervention de l'Esprit saint dans l'histoire de l'humanité, transformée en Royaume en puissance . Soyons clairs: dans l'histoire de ce Royaume, les interventions de l'Esprit ne doivent pas être comprises comme des "ingérences". L'Église a constamment repoussé la tentation d'un Esprit saint faisant éclater les données de l'histoire, s'efforçant de transformer la Providence divine en interventionnisme de tous les vents. La tentation est grande, et constante, dans l'Église, de pallier la misère du péché par l'action éclatante de l'Esprit. Mais l'Esprit de Jésus est à l'oeuvre, par les sacrements, dans le coeur des fidèles, sans intervenir pour autant, directement, dans l'histoire des hommes.

Proclamer la Bonne nouvelle aux pauvres, consoler les coeurs accablés de souffrance: il s'agit bien là des signes messianiques attendus, que l'on n'osait plus croire possibles. L'Esprit n'est donc pas éteint, la parole de Jésus n'est pas l'écho d'une parole déjà prononcée: il parle avec autorité. Il prolonge l'enseignement, mais il dit des choses neuves. Des choses neuves qui ne rompent pas pour autant avec ce qui a été transmis et reçu, mais des choses qui renouvellent, qui ravivent toute la tradition. Il est difficile de bien comprendre cela: comment Jésus peut-il tout à la fois accomplir tout ce qui avait été annoncé avant lui et inaugurer quelque chose de décidément nouveau ?

La réponse est d'abord dans notre propre tête: nous pensons trop en termes de rupture ou de continuité l'histoire du salut, tandis que la conception du temps chez les Hébreux signifie tout à la fois la rupture et la continuité . Une prophétie n'est pas une annonce passée qui va se réaliser dans la futur: elle est une anticipation, une projection en amont de ce qui se passe. La prophétie est en quelque sorte l'avenir déjà réalisé. Et l'accomplissement que Jésus procure n'est pas le terme, l'achèvement, d'un processus entamé bien avant son Incarnation: mais c'est Lui qui présidait à l'organisation du temps et à l'annonce, c'est sa présence qui était anticipée dans l'annonce et l'attente messianiques.

Quelle est donc cette Bonne nouvelle ? Il me semble que c'est la question de base, indispensable pour comprendre quoi que ce soit aux Écritures, et le préalable nécessaire de toute évangélisation. Or la réponse n'est pas d'abord fournie par les théologiens , elle est fournie par le Seigneur lui-même dans les Écritures. Elle est énoncée très précisément dans la première Béatitude, l'endroit où Jésus annonce aux pauvres :

Saint Marc (2, 17) définit cette Bonne nouvelle en ceci que Jésus invite les pécheurs au festin de Dieu. Plusieurs paraboles montrent comment cette invitation doit être comprise: non pas comme une promesse repoussée à la fin des temps, une vague consolation, mais comme une remise effective des dettes; Jésus accorde le pardon de Dieu, et il le fait non seulement en paroles, mais aussi en actes. Il invite les pécheurs; il s'asseoit à leur table, ou plus encore : il s'étend à côté d'eux dans les banquets. Et la raillerie conservée par les Évangiles de Matthieu et de Luc montre bien l'historicité de ce fait :

C'est ainsi que ce pardon, cette délivrance, cette remise de dettes constitue la réalité vivante que Jésus met en oeuvre. C'est ici encore l'Esprit qui est le vecteur de ce message, de la Bonne nouvelle.

Il peut paraître anodin d'annoncer la grâce de la délivrance. Comprenons bien le texte: cette délivrance, cette libération est gracieuse, c'est-à-dire gratuite. Il est important de voir comment l'Esprit intervient, et à quel prix, dans l'oeuvre de salut. Cette oeuvre est celle du Christ qui l'accomplit dans sa vie, dans ses enseignements, dans sa passion , dans sa mort et dans la descente aux enfers. Les théologiens ont mis des accents divers sur cette oeuvre du Christ : incarnation, rachat, satisfaction des péchés. Des écoles de théologie se sont affrontées, des raisonnements contradictoires se sont opposés sur les moyens mis en oeuvre.

L'Esprit saint est toujours présent dans l'être et l'acte du fils. S'il est difficile de parler de l'Esprit saint, c'est parce qu'il agit dans le Fils, par Lui, avec Lui et en Lui, pour conférer au Père, "tout honneur et toute gloire pour les siècles des siècles". Un vrai travail de réflexion va consister à établir un enseignement sur l'Esprit à partir du Christ . L'Esprit saint est la puissance qui porte le ministère du Christ et son sacrifice. Comme l'écrit l'auteur de l'Epître aux Hébreux:

Saint Thomas d'Aquin, le grand théologien et philosophe du Moyen âge, commentant ce passage (In Hebr 9, lect. 3) , explique que l'Esprit éternel signifie bien ici l'Esprit saint qui mit en mouvement l'âme du Christ, le conduisant par amour de Dieu et du prochain à donner sa vie et verser son sang. C'est bien pour cela que l'Esprit de mission est restitué au Père, lorsque, sur la Croix, tout est accompli (Luc 23, 46). L'Evangile de saint Jean mentionne même que Jésus, à ce moment-là, inclina la tête pour "remettre son Esprit" (Jean 19, 30) . L'Esprit de Jésus, l'Esprit saint, est ainsi répandu, à la mort physique de Jésus, sur l'Eglise et sur le monde.

L'Esprit participe donc personnellement à la réconciliation entre Dieu et le monde, entre le ciel et la terre: cette réconciliation est physiquement mise en oeuvre dans le corps du Messie crucifié . C'est pour nous que le Christ a souffert, et il convient de prendre au sérieux ce pour nous, le crucifixus etiam pro nobis de notre confession de foi. "Pour nous ", sans doute, par rapport au monde du péché, mais aussi pour nous par rapport au Père ; ce que le Père considère du péché du monde, il l'aperçoit désormais dans la réalité du sacrifice du Fils, et il ne peut plus regarder le pécheur qu'à travers ce sacrifice d'amour (Urs von Balthasar). L'Esprit de Jésus, esprit de Fils, esprit d'amour, bonté de Dieu pour les hommes, est par excellence, au coeur de la Trinité, le vecteur de la réconciliation:

L'action de l'Esprit se présente donc ici comme étroitement connexe à celle du Fils. Ce n'est pas sans faire difficulté. On sait qu'une de ces difficultés a surgi entre l'Orient et l'Occident, ce qu'on appelle "la querelle du Filioque " : faut-il dire, comme dans le Credo que nous récitons le dimanche, que l'Esprit saint "procède" du Père et du Fils ("et du Fils", Filioque en latin), ou bien faut-il récuser cette soumission de l'Esprit au Fils, et faire procéder l'Esprit du seul Père, qui est l'Unique Principe ? Tous conviennent qu'il ne saurait y avoir deux principes. Le Père est Principe de tout, donc de l'Esprit. La question, posée en ces termes, est importante.

Mais il s'agit pourtant là d'une fausse querelle, dont le Catéchisme du Concile de Trente, tout en réaffirmant la doctrine occidentale traditionnelle, esquisse une solution:

Saint Augustin, au IVè siècle, explicitait déjà: "du Père et du Fils, comme d'un seul principe et d'un souffle, et surtout, principalement, du Père". Il rapproche l'unité du Père et du Fils dans la Création de leur unité dans l'émission, la spiration, de l'Esprit.

Devant le malaise naissant entre l'Orient et l'Occident, dès le VIè siècle, un grand théologien de langue grecque, Maxime le Confesseur, explique que la formule veut dire :

De nombreuses rencontres de théologiens, entre Orient et Occident, pemettent aujourd'hui de maintenir des points de rapprochement, en approfondissant la relation de l'Esprit au Père et au Fils et sa place dans la Trinité sainte. Un point historique est acquis désormais: ce n'est pas l'expression "Filioque" qui a provoqué la rupture entre l'Orient et l'Occident. C'est la séparation, déjà plus ou moins réalisée pour des raisons linguistiques et culturelles, qui a fait de lui une nouvelle cause de malentendus.

L'Esprit "procède" du Père seul comme principe primordial, il "procède" du Père et du Fils en tant qu'appartenant à une même substance . Dans l'originalité de leur approche théologique, l'Orient et l'Occident ont deux manières différentes d'exprimer l'unique réalité. L'Esprit est une personne divine, lié de manière originale à chacune des deux autres, et les mots humains restent bien inadéquats pour exprimer ce mystère; D'une certaine manière, l'expression la plus exacte est peut-être bien dans la différence paradoxale des deux manières de dire, des deux approches complémentaires, aucune des deux ne parvenant à épuiser le mystère divin.

Vous l'avez remarqué: le Père Deiss, qui a paraphrasé le texte biblique pour constituer les couplets de cette hymne, nous fait chanter les paroles d'Ésaïe à la première personne du singulier. Or le texte biblique avait mis ces mots sur les lèvres du Messie. Désormais, nous pouvons, par notre baptême et notre confirmation, nous les approprier. L'Esprit de Dieu repose sur moi: comme sur les eaux primitives, d'où émergea la création nouvelle. Comme pour la Tente de l'Alliance, la gloire de Dieu repose sur le chrétien, qui est devenu dans le baptême une créature nouvelle.

L'Esprit nous a conduits, comme le Christ, à travers la mort vers une vie nouvelle, il nous a consacrés dans l'onction du Saint-Chrême, dans la triple dignité de prêtre, de prophète et de roi. Nous vivons de la foi, mais l'Esprit s'infiltre dans notre croyance pour la vivifier, lui donner en quelque sorte un mouvement. Ce mouvement s'appelle l'espérance . Les paroles de l'hymne sont bel et bien réalisées en nous.

L'Esprit est à l'oeuvre par nos mains et dans nos coeurs. Il en fut ainsi pour Abraham qu'une Parole, un souffle divin, a jeté hors de sa ville et de son peuple, il en fut ainsi tout au long de notre histoire, dans l'économie du salut, pour toutes les avancées prophétiques . La rupture du désert permet à l'Esprit d'imprégner le coeur des fidèles. A qui est destitué de tout, il ne reste que l'espérance. Le désert est, de façon privilégiée, le lieu où souffle l'Esprit, le lieu où l'incréé se retrouve et s'impose. Il est l'épreuve de la foi parce qu'il est l'excès de l'espérance. Mais précisément, alors que l'Esprit nous presse, tandis que se construit en nous la foi, nous faisons la double expérience: celle d'une liberté plus intense, toujours décapée par la brûlante onction de l'Esprit, et , d'autre part, celle d'un amour plus intense, qui nous attire vers lui comme un pôle magnétique. Il est le centre vers lequel la force du monde spirituel nous conduit, le lieu naturel de toute notre âme.

L'Esprit nous guide vers le "but" de sa mission, l'unité divine qu'il constitue avec nous. Nous entrons dans l'unité de Dieu, mais dans cet Esprit que se trouve l'unité du Père et du Fils. Le Fils est tout entier aimé, assumé, repris dans le Père par l'Esprit. La vie dans l'Esprit culmine, surgit dans la vie trinitaire, celle de qui procède toute paternité, dans le ciel comme sur la terre. Dans ce temps intermédiaire entre l'Ascension du Seigneur et son retour dans la gloire, l'Esprit repose sur la création nouvelle, le corps des fidèles dont le Christ vivant est la Tête. L'Eglise est le corps des fidèles, mais elle est elle-même constituée des corps vivants de ceux qui la composent et qui en vivent. Par son union intime à chacun de nous dans la vie sacramentelle et dans la vie de grâce, l'Esprit saint nous porte vers Dieu, dans le sein même du mystère trinitaire.

Pour nous guider de la sorte, l'Esprit nous dispose à nous conformer au Fils. Il fait porter sur nous l'empreinte du Fils, une empreinte personnelle qui est, selon les théologiens, une disposition à la charité . Il ne s'agit pas d'une sorte d'intermédiaire, de médiation entre notre âme et l'Esprit saint , mais de l'accommodation de cette âme au travail de présence, en nous, de l'Esprit, qui nous conforme comme membres au Corps du Christ. Ce travail est grâce, une grâce qui peut être dite à la fois incréée, car c'est à Dieu même, dans l'Esprit, qu'elle nous fait participer, et créée, car elle est vraiment faite nôtre, sans que nous cessions pour cela d'être nous. Il est essentiel à notre intelligence de la vie théologale, de la vie en Dieu, de comprendre que l'Esprit nous est donné de manière particulière, en tant que personne divine, et non pas seulement comme une sorte de substrat divin commun aux trois personnes. Ce n'est pas parce que nous recevons la grâce que l'Esprit habite en nous: c'est , tout au contraire, comme la tradition des Conciles et des Pères l'a fortement établi, parce que l'Esprit habite en nous que nous pouvons accueillir ce que Dieu donne. L'Esprit opère en nous une disposition à accueillir le don.

Je vous avais invité la semaine dernière, à prier l'Esprit saint tout particulièrement, et les paroles du Veni Creator nous avaient accompagnés. Notre prière, cette semaine, est totalement greffée sur la prière de Jésus. L'hymne que nous avons chantée institue notre envoi en mission, par l'Esprit. Ce que dit l'Esprit de Dieu, c'est la paix et la joie, et les fidèles sont dans le monde pour les annoncer. La fidèlité à notre baptême et à notre confirmation passe par cette indispensable annonce de la paix et de la joie. "Célébrer la gloire du Seigneur parmi tous les peuples" commence à notre seuil. Mieux encore: dans notre propre maison. A quoi servent les grands discours sur Dieu, le Père, le Fils et l'Esprit, si nous n'en rapportons pas une invitation pratique à transposer l'expérience de la vie trinitaire dans notre vie quotidienne ? Cette vie trinitaire est faite de don, de partage, de l'amour offert et accueilli, restitué et amplifié, d'une Personne à l'autre. C'est ce que la Trinité fait encore aujourd'hui en nous et par nous. Soyons attentifs à cet appel intérieur et essayons de conformer notre vie à cette action de l'Esprit. De conformer toute notre vie et, pour commencer, d'y conformer les jours qui viennent, dans la suite de cette sainte Quarantaine.