CHAPITRE II

PERSONNALISATION DES JEUNES PAR
LA PROMOTION DES VALEURS

index
1) Education a° l’Autonomie
    a) Ethnotype vietnamien
    b) Le roÔle des He¨ros nationaux
2. Education a° la Liberte
¨
    a) Au niveau de la famille
    b) Au niveau de l’e¨cole

A notre avis, le Sens du Sacre¨ passe pour les Vietnamiens comme une valeur fondamentale. La permanence de ce sentiment est telle qu’aujourd’hui meÔme, malgre¨ les bouleversements et le tragique de la conjoncture actuelle, les lignes de la pense¨e, de l’agir, et des ide¨aux vietnamiens semblent lui eÔtre ordonne¨es. Notre analyse dans la 2e° partie, l’enqueÔte que nous avons re¨alise¨e sur l’e¨chelle des valeurs le disent clairement.

Cependant, la mutation humaine et sociale qui se re¨alise douloureusement au pays va-t-elle dans les anne¨es qui viennent rele¨guer ce Sacre¨ au muse¨e des choses anciennes et des reÔves de¨passe¨s? Les sceptiques ne manquent pas de nous montrer ce qu’il en devient de nos richesses traditionnelles dans cette guerre, dans l’exploitation de l’homme, meÔme dans l’e¨clatement de l’intimite¨ familiale, dans la dispersion de nos fide¨lite¨s antiques!
Qu’en est-il en re¨alite¨? Certes, on assiste plus ou moins me¨duse¨ a° l’effilochement des attitudes et certitudes tranquilles de nos anceÔtres... Mais, le Sacre¨ est-il pour autant disparu dans le conflit qui nous e¨crase? N’est-il pas en train de se de¨gager des structures rigides et de¨passe¨es, pour surgir sous des formes neuves et inusite¨es qui s’appellent le courage d’eÔtre, la te¨nacite¨ nationale, la fureur de vivre inde¨pendants?
N’est-on pas en train de se laisser fasciner par des formes de respect exte¨rieur d’obe¨issance inconditionne¨e qui ne seraient que des facettes multiples de ce meÔme Sacre¨ que l’on pensait aboli? Mais, cette re¨surgence qui n’a pas fini de nous e¨tonner n’est-elle pas aussi porteuse de virtualite¨s pre¨cieuses tout comme d’alie¨nations possibles? Ne trouve-t-on pas dans les formes de soumission et de re¨bellion actuelles ce meÔme caracte°re ambigu et e¨quivoque de l’e¨mancipation et de la de¨sacralisation?

Consultons l’histoire des peuples. Nous constatons qu’apre°s le long de¨tour d’apparents reniements, qu’apre°s un soupcon allant jusqu’au me¨pris porte¨ sur tout ce qui s’appartenait au Sacre¨ de valeurs traditionnelles, les peuples d’Occident retrouvent aujourd’hui ces meÔmes valeurs qu’ils explicitent autrement. Si bien qu’il nous est permis de dire que le Sacre¨ est tellement existentiel qu’il en devient, a° travers la vie des peuples et des gens, e¨le¨ment ontologique, constituant. Comme tel, il perdure mais sous les ambivalences et l’ambiguite¨ que reveÔt toute valeur humaine une fois qu’elle prend corps.
Ainsi, quel que soit le type de socie¨te¨ qui e¨merge au Viet Nam, quels que soient les e¨ve¨nements actuellement ve¨cus, l’e¨ducation aura toujours a° purifier le Sacre¨ pour le de¨gager des formes transitoires, le de¨canter de toutes ses malversations, et l’empeÔcher de s’engluer dans des alie¨nations de tout type, religieux ou profane.
C’est pourquoi, il nous faut maintenant voir comment, de facon pratique, la Pe¨dagogie peut contribuer a° aider l’hommet et la socie¨te¨ ou° il vit a° de¨couvrir et nourrir toujours cette valeur qui nous parait essentielle et constitutive de tout eÔtre humain.

Pour la socie¨te¨ vietnamienne, nous dirons donc que seule une formation saine favorisant l’autonomie du regard, de la de¨cision et de la re¨flexion, permettra de donner aux jeunes quelques chances de libe¨ration re¨elle qui s’e¨tablira non dans le reniement incondionne¨ de ce qui les fait eÔtre et vivre vraiment en tant que personnes et socie¨te¨, mais dans la fide¨lite¨ a° un eÔtre qui est au plus profond et au plus intime d’eux-meÔmes.

1) Education a° l’Autonomie

La de¨couverte et la promotion de toutes les dimensions de l’homme est une graÔce de notre temps: la valeur, c’est l’homme. Cette attention a° l’homme va jusqu’a° l’exaltation de toutes les ple¨nitudes de la personne humaine, corps et aÔme. Les fameuses "Confe¨rences de CareÔme" 1968 du RP. Thomas, SJ. concre¨tisent cette pre¨occupation de notre monde.
L’e¨ducation ne doit pas rester e¨trange°re a° cette nouvelle prise de conscience qui ne manquera pas de marquer la mentalite¨ des jeunes d’aujourd’hui. D’ailleurs, R. Babin a attire¨ l’attention des des e¨ducateurs en disant: "Apre°s la pe¨riode d’autisme et de repli sur soi qui succe°de a° la grande enfance, l’adolescent, ayant rompu avec la monde d’hier, se tourne tout entier vers tout ce qui est devant lui. Il devient lui-meÔme en construisant son avenir, un avenir qui n’a de chances qu’en adoptant les valeurs "bien-cote¨es" du monde. Impossibilite¨ d’e¨duquer la personnalite¨ d’un jeune sans l’e¨duquer au monde de demain. On peut a° la rigueur re¨ussir a° imposer a° un enfant la vision d’un monde passe¨ - ce qui n’est pas a° faire, bien sur! - on ne re¨ussira pas avec un jeune: il est bien trop sensible a° la re¨alite¨ du monde pre¨sent et du monde en gestation" (R.Babin, "Options" p. 33)

S’il en est ainsi, nous pouvons mesurer l’importance d’aider aujourd’hui les jeunes a° prendre conscience de leur condition d’homme, de la faire accepter, appre¨cier, assumer afin de donner un sens a° la vie. En un mot, favoriser cette marche vers l’autonomie qui leur permettra de se retrouver eux-meÔmes.
Parents et maitres seront les te¨moins vigilants de cette tranquille monte¨e qui, sur tous les plans, assure a° l’individu une pecfection de plus en plus grande. Car, n’oublions pas que le petit nait fragile et inacheve¨ et c’est peu a° peu qu’il prend sa ve¨ritable stature d’homme. Et dans les efforts de personnification du jeune, l’e¨ducateur veillera a° ne pas fixer ce dernier plus ou moins inconsciemment dans son besoin d’assimilation au maitre, mais au contraire, il saura susciter le de¨veloppement de la liberte¨, en acceptant des moments d’incohe¨rence et de pagaille, voire des heures d’angoisse, ne¨cessaires pour que le jeune se de¨tache du besoin de "l’image paternelle". Il acceptera peu a° peu de ne pas trop se¨curiser l’e¨le°ve par des appre¨ciations ou des blaÔmes, mais de le faire e¨laborer lui-meÔme son propre jugement, sa propre appre¨ciation.

Evidemment, cela ne peut se faire que par un renouvellement de l’attitude pe¨dagogique de l’e¨ducateur: ainsi, l’e¨ducation sera centre¨e plus sur "l’e¨veil et le de¨veloppement des potentialite¨s humaines chez l’individu que sur sa conformisation aux modalite¨s ne¨cessairement limite¨s du comportement d’un groupe de¨termine¨. Elle laisse entrevoir que le jeune, dans son de¨veloppement, puisse innover et franchir les limites jusque la° usuelles. Et l’e¨ducation y apparaitra comme une aide que la socie¨te¨ apporte au jeune, non pas tant qu’il se mode°le sur elle, mais pour qu’il puisse, le cas e¨che¨ant, de¨passer l’exemple imparfait et limite¨ qu’elle lui offre." Axer l’e¨ducation sur les potentialite¨s comportementales de l’adulte plutoÔt que sur les comportements effectifs d’un groupe de¨termine¨, c’est admettre que le jeune ne doit pas ne¨cessairement "devenir comme nous", mais qu’il puisse si possible, faire mieux et aller plus loin, inventer des comportements nouveaux et donner corps a° des capacite¨s nouvelles: c’est ouvrir a° des de¨veloppements insoupconne¨s."

Elle est donc de¨passe¨e, cette forme d’e¨ducation "transmissivet et re¨pe¨titive". Au contraire, elle devra eÔtre une mise en place des attitudes en vue d’ "inventer sans cesse sa propre vie" - pour employer l’expression de Gaston Berger - de s’ajuster perpe¨tuellement, sans se perdre, aux nouvelles conditions du monde.
Peut-eÔtre consiste-t-elle a° faire acque¨rir surtout des "principes de re¨fe¨rences" valables, a° e¨veiller la recherche, l’expression de soi, l’originalite¨ dans la re¨fe¨rence a° autrui?
Ecoutons Jean XXIII: "Esprit d’initiative, climat de spontane¨ite¨ et de since¨rite¨ dans la vie religieuse de l’adolescent, voila° quelles sont les lignes de conduites que la vie du colle°ge trace au jeune homme pour l’avenir. L’adolescent est a° l’aÔge ou° il doit s’efforcer par lui-meÔme de de¨couvrir son eÔtre et de former sa personnalite¨.

Susciter une prise de conscience de la personnalite¨, promouvoir une e¨ducation a° l’autonomie, a° l’esprit d’initiative, tels doivent eÔtre, nous semble-t-il les premiers objectifs et les conditions indispensables d’une e¨ducation aux valeurs.
Tout cela est bien beau, comme le sont d’ailleurs la plupart des principes d’e¨ducation nouvelle qu’on a baptise¨e de "non-directivite¨" ou de "pe¨dagogie d’invention". Des principes, il le faut certes pour insuffler et donner une signification a° nos efforts. Cependant reste a° savoir dans quelle mesure ils peuvent servir de cadres de re¨fe¨rence pour l’action des e¨ducateurs vietnamiens conditionne¨s par un contexte psycho-social qui exige des orientations particulie°res:
Nous avons e¨voque¨ plus haut les richesses, les ambivalences et l’ambiguite¨ du Sens du Sacre¨ comme valeur traditionnelle vietnamienne a° exploiter pour doter la personnalisation des jeunes d’un dynamisme interne qui convient a° la fois a° son tempe¨rament ethnique et a° ses aspirations profondes.
Certes, ce ne sera pas du premier coup que l’e¨ducateur vietnamien verra ses jeunes - hier bien encadre¨s par des institutions stables, soutenus par une culture bi-mille¨naire et des traditions profonde¨ment enracine¨es - devenir des hommes autonomes, conscients d’eux-meÔmes et de leur environnement social.

De tels "miracles" ne sont plus admis par la logique de notre temps.
Nous pensons qu’au-dela° des me¨thodes, c’est a° un changement de perspective et de mentalite¨ qu’il faudrait peut eÔtre aboutir: Ce Sens du Sacre¨ que nous re¨clamons comme un heureux patrimoine de nos AnceÔtres, ce meÔme Sens du Sacre¨ doit nous inciter a° de¨velopper chez les jeunes Vietnamiens le respect de la Personne et les grandes valeurs de vie et de culture qui font la noblesse et la grandeur de la personne humaine.
Ce travail nous engagera nous-meÔmes et peut-eÔtre exigera-t-il de nous une vision moins fragmentaire, une conception plus souple de l’autorite¨ et de la discipline, donc plus conforme a° la nouvelle situation?

De cette facon, une fois le Sens du Sacre¨ bien purifie¨ de tous ses mythes et tabous, il nous apparaitra non plus comme re¨alite¨ ambigue mais comme dynamisme fondamental d’une e¨ducation efficace et adapte¨e: en effet, lorsqu’il est bien oriente¨, ce Sens du Sacre¨ nous fournira des points d’appui ne¨cessaires a° l’e¨laboration des lignes de force d’une Pe¨dagogie de type personnel. Il est hors de doute que pour le Viet Nam, ce Sens du Sacre¨ est porteur de richesses qu’on trouve dans le tempe¨rament ethnique d’introverti et le respect des AnceÔtres, du passe¨, d’ou°, possibilite¨ d’une "Pe¨dagogie du He¨ros".

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a) Ethnotype vietnamien

La caracte¨rologie, dans sa me¨thode de travail, est une science passionnante: elle saisit l’individu dans sa totalite¨, comme un tout vivant et non dans un de ses e¨le¨ments possessifs, dans une de ses faculte¨s se¨pare¨es.

Etudier quelqu’un, c’est le comprendre, c’est le comprendre du dedans. Cette compre¨hension aide a° vivre en "bonne intelligence’ avec lui, a° le "bien prendre", ce qui est le tout de l’e¨ducation.
La tendance moderne en pe¨dagogie est l’individualisation du travail collectif. Il s’agit de provoquer ou de faciliter le de¨sir d’expression ou d’action de chaque enfant, de susciter en chacun les meilleures possibilite¨s pour la construction de sa personnalite¨ en lui offrant un milieu favorable a° son e¨panouissement. Un tel programme est insoutenable sans tenir compte des particularite¨s caracte¨rologiques, car chaque caracte°re a ses lignes de force a° exploiter, a° valoriser, et ses lignes de re¨sistance a° adoucir ou a° de¨gager.

Quelle serait donc notre "tactique e¨ducative" devant ce proble°me?
Il faut certes, agir aussi sur les autres facteurs qui participent a° la construction de la personnalite¨. Mais il faut d’abord utiliser les puissances latentes du caracte°re.
On ne commande a° la nature qu’en lui obe¨issant. Cette re°gle baconnienne se traduit ainsi dans le langage caracte¨rologique: "On n’e¨duque un caracte°re qu’en utilisant de facon rationnelle ses lignes de plus grande pente" (Le Gall)
Toutes les lignes de force d’un caracte°re doivent eÔtre utilise¨es au maximum et a° l’optimum. En un certain sens, chaque disposition fondamentale est a° la fois une puissance positive et un obstacle.

A en croire a° nos enqueÔtes et recherches caracte¨rologiques, il en ressort que "le groupe vietnamien appartien au type introverti dont les richesses de l’e¨le¨ment "e¨motivite¨" 73o/o, et l’e¨le¨ment "secondarite¨" 69o/o constituent des forces latentes de ce caracte°res.

Le travail de l’e¨ducateur vietnamien consistera donc a° baÔtir sa pe¨dagogie a° partir de ces ve¨ritables dynamismes pour aider ses jeunes a° se construire eux-meÔmes. Ainsi, dans l’e¨ducation de leur e¨motivite¨, il saura exploiter cette propension a° l’amitie¨, ce sens de l’autre (respect, dialogue) pour les sensibiliser a° la vie du groupe que de¨ja° la secondarite¨ a developpe¨ pour son propre compte, mais peut eÔtre dans un horizon trop e¨troit.
D’autre part, les aider a° surmonter leur susceptibilite¨ trop grande et a° les encouager dans leur esprit de de¨cision (en leur donnant des occasions de triompher de leur manque de confiance en eux, de cette peur de se tromper, de cette timidite¨ qui les rendrait gauches et embarrasse¨s).

Ici le moyen le plus a° la porte¨e de l’e¨ducateur vietnamien serait d’apprendre a° ses e¨le°ves a° travailler en groupe: de ce fait, il aura vise¨ un double but: renforcer leur personnalite¨ - qui ne s’affirme que par la confrontation et la contestation - et leur inte¨gration dans des communaute¨s de vie. Nous reviendrons sur ce point.
Bref, que de valeurs a° proposer au tempe¨rament e¨motif du Vietnamien: amitie¨, since¨rite¨, justice, humanite¨, respect des personnes etc...
Sans doute, depuis quelque temps, la litte¨rature nationale n’a pas manque¨ d’exploiter les richesses re¨elles de cet e¨le¨ment caracte¨rologique de l’ethnotype vietnamien.

Cependant au dela° de l’action individuelle de l’e¨ducateur, il s’agit en outre de faire prendre conscience au jeune de son propre caracte°re, lui apprendre a° l’occasion de mille petits e¨ve¨nements a° mieux appre¨cier ses possibilite¨s, a° de¨terminer plus exactement ses limites, et le pre¨parer de la sorte a° mieux assurer la direction de sa vie.
Il faut donc transmettre aux jeunes Vietnamiens cette habitude de cre¨er, et non seulement de re¨pe¨ter des lecons apprises, l’habitude de poser des questions et non seulement de noter silencieusement les cours, l’habitude de chercher des documents et non seulement d’e¨couter sagement un professeur... En d’autres termes, leur donner le gout et l’habitude de s’orienter eux-meÔmes, en pleine autonomie et dans des de¨cisions personnelles.
Tout cela suppose de la part de l’e¨ducateur une certaine confiance, voire le gout du risque, et le sacrifice d’un protectionisme qui ne fera que retarder l’e¨volution de la personnalite¨ chez leurs jeunes.

Nous abordons maintenant le deuxie°me e¨le¨ment de l’ethnotype vietnamien: la secondarite¨, et avec elle, toutes ses qualite¨s et de¨fauts que nous appelons stabilite¨, te¨nacite¨, discipline, ordre... mais aussi cramponnement de¨mesure¨ au passe¨, au conformisme, esprit rancunier...
Ici encore, notre action e¨ducative doit viser a° l’optimum: Faire prendre conscience de ve¨ritables valeurs de cette secondarite¨ en soulignant la perse¨ve¨rance dans l’effort, le souci de l’ordre, de la me¨thode - encore, faut-il faire remarquer que l’ordre ne doit pas eÔtre recherche¨ comme but en soi, mais comme moyen - la fide¨lite¨ aux devoirs, la me¨moire du coeur etc...

Par contre, il serait bon d’inviter les jeunes a° faire de temps a° autre l’auto-critique de leur comportement pour essayer de voir si ce dernier n’est pas influence par un conformisme alie¨nant, une susceptibilite¨ volontairement nourrie, un certain laisser-vivre qui risque de ne plus faire sentir le besoin d’initiative ou d’auto-de¨termination.
Sur le plan pratique, nous verrions volontiers l’e¨ducateur encourager ses jeunes dans l’acquisition du sens critique qui se traduit non par une de¨pre¨ciation syste¨matique, ou un scepticisme ste¨rile, mais une appre¨ciation saine, un jugement personnel afin de ne pas se laisser entrainer par des pressions des propagandes, des publicite¨s ou des snobismes divers.

Ensuite, l’autonomie personnelle ne peut se concevoir sans la connaissance de soi, d’ou° l’importance pour l’e¨ducateur d’apprendre aux jeunes de pouvoir mesurer eux-meÔmes leurs lacunes, leurs progre°s ou leur re¨gressions, sans pre¨somption, comme sans de¨couragement.
Nous touchons ici un proble°me de¨licat, au niveau de l’enseignement, celui de l’abus des classements individuels dans les classes. Sans vouloir nier les avantages qui entourent ce proce¨de¨ - e¨mulation, possibilite¨ de controÔle par les parents - nous nous sommes demande¨ si l’exploitation syste¨matique de cette me¨thode ne va pas a° l’encontre du but de l’e¨ducation qui est de viser au plein e¨panouissement du jeune. Or, qu’en est-il en re¨alite¨?

Les classements, l’e¨mulation qui e¨taient au de¨part des moyens, se sont par la suite transmue¨s en fin, par l’importance a° laquelle s’accrochent les e¨le°ves pre¨occupe¨s de¨sormais du "passage", des examens, des prix...; autant d’e¨le¨ments qui ne manqueront pas de de¨ge¨ne¨rer en "bachotage", en fraude, et peut-eÔtre he¨las, de cre¨er une certaine hantise pour peu que les parents ou les maitres insistent dans ce sens. Aussi, n’est-il pas rare de voir certains e¨le°ves sape¨s dans leur enthousiasme, recroqueville¨s dans leur complexe d’infe¨riorite¨ pour avoir garde¨ plusieurs mois de suite la dernie°re place de leur classe!
Bien triste re¨alite¨ qui doit faire re¨fle¨chir certains adultes trop engage¨s eux-meÔmes dans un certain "syste°me re¨mune¨rateur" ...

Si nous admettons au de¨part qu’ "e¨duquer, c’est rechercher les aptitudes personnelles du jeune pour les de¨velopper au maximum afin de l’acheminer vers son autonomie la plus aurthentique et a° son insertion sociale la plus spontane¨e", alors nous aurons plus de chance de nous entendre sur des moyens:

Que proposer?
Il ne nous appartient pas dans le cadre de notre travail de remettre en question tout un syste°me, un ensemble de structures existantes. Ne¨anmoins, nous re¨fe¨rant a° certaines expe¨rimentations encore timides a° ce niveau ici ou la° dans notre pays, nous pouvons de¨ja° soumettre a° nos colle°gues vietnamiens quelques suggestions pratiques suivantes:
Dans les classes primaires, nous proposons un "classement" par matie°res au lieu de le faire pour l’ensemble de toutes les matie°res. Et cela pour 2 raisons:
1) Cette facon de proce¨der permet aux parents et maitres de constater les aptitudes personnelles de l’enfant, et du meÔme coup, ses de¨ficiences par ailleurs, afin de l’aider plus efficacement.
2) Cette me¨thode permet ensuite de sauvegarder ce dynamisme si naturel chez l’enfant: l’e¨mulation.

Mais qu’a° partir des classes secondaires, nous pre¨conisons la suppresion de tout classement afin d’entrainer les jeunes a° cette "auto-re¨gulation", pre¨lude a° une e¨ducation du jugement personnel et du sens critique. Ils auront ainsi l’occasion de suivre eux-meÔmes leur "progression personnelle" par rapport a° leur propre niveau ante¨rieur. Ici, on pourrait adopter le syste°me ame¨ricain de notation A,B,C,D...
En outre, il parait souhaitable d’e¨tablir la note moyenne de la classe pour fournir a° chaque e¨le°ve un terme de comparaison situant sa propre progression par rapport a° l’ensemble de ses camarades. La classe prendrait ainsi mieux conscience que sa valeur re¨sulte de la valeur de chacun, et le professeur serait a° meÔme d’adapter sa me¨thode d’enseignement au niveau cosntate¨.

Notons pour terminer que ces suggestions ne sont valables que dans la mesure ou° les e¨ducateurs eux-meÔmes sont de¨samorce¨s de l’esprit de syste°me et de la me¨fiance pour tout ce qui favoriserait tant soit peu l’initiative ou l’autonomie des jeunes.
De plus nous sommes parfaitement conscients des difficulte¨s pour la re¨alisation de ces propositions, compte tenu du contexte du pays qui charrie encore peÔle-meÔle les heureuses transformations tout comme l’enracinement de certaines institutions, he¨ritage d’un passe¨ en contact avec l’e¨tranger. Cependant n’est-ce pas a° notre avis, une bonne politique de se de¨livrer de l’autre que de s’efforcer a° devenir soi-meÔme autrement, si l’on ne veut pas eÔtre autre a° soi-meÔme.

Nous pensons donc que seule cette condition permet a° notre peuple d’accueillir le monde tout en restant fide°le a° lui-meÔme, a° ses valeurs, a° sa vision propre de la vie. Pour cela, a° coÔte¨ de cet effort d’adaptation au rythme de vie interpele¨ par la socie¨te¨ en marche, l’e¨ducateur vietnamien ne doit pas oublier de favoriser pour ses jeunes un "climat d’e¨panouissement" dans lequel ces derniers peuvent retrouver a° tout moment des cadres de re¨fe¨rences du type d’homme propose¨ a° son ambition.
Nous sommes donc amene¨s a° parler de la "pe¨dagogie du he¨ros" comme moyen de formation de la personnalite¨ des jeunes vietnamiens et a° travers le "he¨ros", proce¨der a° une mise en place d’une hie¨rarchie des valeurs, ve¨cues par des hommes ayant la meÔme histoire, la meÔme civilisation, la meÔme culture qu’eux dans la marche pe¨nible vers leur personnalisation. Et les e¨ducateurs ne manque-ront pas d’exploiter intelligemment ce tre¨sor afin de proposer aux jeunes un e¨ventail assez large de point de repe°re pour s’orienter vers la re¨alisation de leur "devenir adulte".

Tel par exemple ce NguyeŃn CoÔng Tr÷¨ (1778-1858) qui occupe une place pre¨ponde¨rante dans le programme du Secondaire et dont les deux textes ont servi de cadre de re¨fe¨rence pour l’interpre¨tation de nos enqueÔtes.
On peut dire que sa vie est en harmonie avec sa pense¨e et sa vison des valeurs.
Devenu mandarin a° 42 ans, ayant servi trois re°gnes successifs (Minh Ma´ng, Thieńu Tr˛, T÷´ Đ÷¨c), plusieurs fois limoge¨ et re¨habilite¨ pour avoir ose¨ dire la ve¨rite¨ aux Rois et aux Princes, NguyeŃn CoÔng Tr÷¨ vit re¨ellement le type d’homme de Tr÷˘n´g Phu dont il a si bien brosse¨ le portrait pour les jeunes ge¨ne¨rations. A travers son oeuvre, nous sommes surpris par un accent d’optimisme, d’enthousiasme irre¨sistible, alors que sa vie (son destin) est loin de l’y encouager.

Si nous continuons cette "Galerie des Portraits", certains doivent retenir notre attention d’e¨ducateur, car ils repre¨sentent pour nos jeunes des types d’hommes ayant ve¨cu les meÔmes valeurs nationales traditionnelles, tout en insistant chacun sur un aspect particulier. C’est a° l’e¨ducateur de rendre pre¨sentes et vivantes ces images du passe¨.

Parlons-nous de pie¨te¨ filiale a° nos jeunes? Sur ce sujet, les exemples ne manquent pas; qu’on nous permette de d’en citer seulement un a° titre d’information: Ce long po°eme Lu´c VaÔn TieÔn, projection fide°le de la vie de son auteur NguyeŃn Đýnh Chieňu (1822-1888), n’est-il pas un document exaltant a° la fois la pie¨te¨ filiale et l’amitie¨? L’auteur e¨tait un intellectuel e¨claire¨ et de grande valeur. Laure¨at de plusieurs Concours Nationaux, il de¨cida en 1848 de remporter pour une fois encore son succe°s au Thi Hońi. Malheureusement, au cours de son voyage, pour se rendre au Centre du Concours, il recut la nouvelle de la mort de sa me°re. Le jour meÔme, il rebroussa chemin, sacrifiant ainsi son ambition.

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b) Le roÔle des He¨ros nationaux

Il nous suffit de parcourir le programme de Litte¨rature des classes du Secondaire, de Đeń Ngu§ a° Đeń Nh˛ (4e a° 1e°re) pour constater combien notre patrimoine litte¨raire est riche en e¨le¨ments e¨ducatifs aux valeurs.
Pendant toute leur adolescence, les jeunes Vietnamiens sont en contact avec de nombreux e¨crivains dont les oeuvres et surtout la vie les encouragent personnelle a° la pie¨te¨ filiale. Il est rentre¨, pleura la mort de sa me°re, tellement qu’il en devint aveugle.
Puis tout au long de son oeuvre, c’est pour ainsi dire une expe¨rience de la vie qui se de¨roule devant ses lecteurs, une expe¨rience ame°re mais combien enthousiasmante pour les jeunes. D’ailleurs dans son poe°me, il semble s’adresser a° la jeunesse. L’introduction nous permet de formuler cette hypothe°se:
"Trai thý Trung, Hießu la°m ˝aÓu
Ga¨i thý Đ÷¨c Ha´nh la° caÔu s÷űa mýnh"
(L’homme doit mettre la pie¨te¨ filiale et la fide¨lite¨ patriotique au-dessus de tout; et la femme doit prendre la Vertu comme but de son perfectionnement).

Quant au sentiment patriotique, l’exemple de Phan Thanh Giaűn (1796-1867) est trop beau pour que l’e¨ducateur puisse ignorer ou laisser passer sans accrocher l’attention des jeunes. Pre¨ferer sa propre mort a° celle de ses compatriotes, mourir dans la ge¨ne¨rosite¨ plutoÔt que vivre dans la honte. Nos anciens administrateurs e¨trangers du XIXe° sie°cle ont rendu eux-meÔmes un te¨moignage e¨logieux a° notre He¨ros national.
Phan Thanh Giaűn a trouve¨ son digne e¨mule dans la personne de LeÔVaŕn Duyeńt qu’on pourrait appeler a° bon droit l’incarnation de la justice, de la rectitude du jugement qui lui ont valu tant d’influence, mais lui ont cre¨e aussi pas mal d’ennemis ambitieux.

Enfin, le beau sexe n’a pas raison de se sentir oublie¨, car les femmes d’aujourd’hui peuvent aussi trouver a° travers l’histoire et la litte¨rature des points de repe°re dans la promotion des valeurs.
Les deux soeurs Tr÷ng, Trieńu A┼u, et plus pre°s d’elles encore, cette "femme mode°le" dans la personne de l’e¨pouse de Phan Bońi ChaÔu, ne sont-elles pas toutes des e¨chos exaltants de cette fide¨lite¨ aux "Trois rapports" de la morale confuce¨enne? Ou bien nos filles d’aujourd’hui s’enthousiasment-elles davantage devant la conduite de la me°re de Ta¨n Cao pour sauvegarder le "Đ÷¨c Ha´nh", but de leur perfectionnement personnel?

Notre intention n’est pas de raconter ces faits pour eux-meÔmes, mais d’amorcer l’effort de nos e¨ducateurs dans la de¨couverte des "richesses re¨elles" de notre patrimoine culturel du passe¨.
Rappelons-nous que les valeurs partent de l’inte¨rieur, elles ne s’imposent pas du dehors; moins encore, elles ne doivent pas se de¨coller de la vie.

Il est vrai que le Culte des AnceÔtres, l’attachement au passe¨ constituent une force dans la civilisation et la culture vietnamiennes. Ils ne le sont re¨ellement que dans la mesure ou° nous cessons d’ensevelir nos jeunes dans la se¨curite¨ et la certitude de nos pe°res, mais plutoÔt de les inquie¨ter, de les orienter vers la recherche des crite°res de choix et d’e¨valuation. Ainsi, notre e¨ducation, pour eÔtre efficace, doit aboutir a° cette autonomie personnelle qui ne s’acquiert qu’au prix de nombreuses remises en question et d’expe¨riences ve¨cues et confronte¨es.

Dans cette "aventure e¨ducative", le roÔle de l’e¨ducateur est primordial.
Il propose des crite°res aux jeunes, sans les choisir a° leur place. Principe e¨le¨mentaire, mais combien important pour ceux qui sont trop habitue¨s a° penser et a° agir en fonction du groupe. Pour pre¨venir ce danger, l’e¨ducateur vietnamien essaiera d’exiger des jeunes qu’ils aillent jusqu’aux significations et directions ultimes des choses: Leur faire prendre du recul psychologique ne¨cessaire pour envisager un proble°me, ou pour "lire" un e¨ve¨nement, leur faire pe¨ne¨trer dans l’aÔme du he¨ros, se mettre a° sa place pour juger, e¨valuer, choisir.
La pe¨dagogie du he¨ros est exaltante, mais comporte aussi des exigences des plus se¨ve°res, comme le demande d’ailleurs toute e¨ducation se¨rieuse.

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2. Education a° la Liberte¨

Avouons tout de suite qu’il est difficile de s’entretenir de cette question.
Devant un pareil sujet, nous sommes tre°s vite la proie des re¨actions instinctives. Nous avons du mal - nous, adultes - a° eÔtre ve¨ritablement sereins devant ce proble°me de la Liberte¨.

Un des e¨le¨ments essentiels de la formation des personnes sera d’e¨veiller des liberte¨s, climat indispebsable a° l’e¨ducation au choix. Comment ne pas voir que l’e¨veil et la conqueÔte de la liberte¨ sont lie¨s a° l’exercice du jugement, ce jugement qui percoit les valeurs au service desquelles la liberte¨ puisse s’engager? N’est-ce pas une des taÔches primordiales de l’e¨ducateur que d’apprendre a° discerner les vraies valeurs et que de proposer une hie¨rarchie des valeurs dans un monde ou° une information facile et envahissante met tout sur le meÔme plan?
Parents et maitres, il nous faut, par notre action et notre influence, montrer aux jeunes qu’il y a une hie¨rarchie des valeurs; qu’il est des valeurs qui me¨ritent qu’on risque pour elles, qu’on se mette a° leur service, et qu’il en est d’autres qui ne sont que des pseudo-valeurs qui asservissent. Il nous faut montrer des liberte¨s qui re¨pondent a° l’appel de ces vraies valeurs, des liberte¨s qui s’engagent, des hommes qui risquent pour des grandes causes. Cette action conjugue¨e des parents et des e¨ducateurs reveÔt un caracte°re de premie°re importance, pour la bonne raison que l’enfant moderne, e¨tant plus rapidement plonge¨ dans le monde des adultes, re¨clame une orientation plus suivie dans son option.
Autrefois, l’univers clos de la famille re¨ussissait encore a° filtrer des e¨ve¨nements du village ou de la cite¨. De ces e¨ve¨nements, les parents donnaient une explication imme¨diate et qui "suffisait a° l’enfant". Mais aujourd’hui l’enfant n’a plus d’univers pre¨serve¨, si ce n’est son propre reÔve, et encore! Jeunes et adultes se partagent le meÔme monde. La te¨le¨vision, la presse, le spectacles de la rue font connaitre aux jeunes des re¨alite¨s sociales, culturelles, politiques...
Tout cela les oblige a° re¨fle¨chir, a° juger, a° e¨valuer.
De plus, le jeune, du fait de son "inte¨gration pre¨mature¨e" au monde des adultes, s’impre°gne des valeurs nouvelles consacre¨es par l’entourage, en de¨calage et souvent en conflit avec la ve¨rite¨ enseigne¨e en famille ou a° l’e¨cole.
Autant de raisons qui nous incitent a° penser a° une Pe¨dagogie des Valeurs dont la liberte¨ sera le climat favorable a° une e¨ducation authentique. Evaluer, c’est juger, c’est se compromettre, c’est s’engager.
Cette e¨ducation de la liberte¨, nous allons l’envisager dans deux niveaux: au niveau de la famille et au niveau de l’e¨cole.

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a) Au niveau de la famille

Parler de la liberte¨, pour un certain nombre de parents vietnamiens, c’est remettre en question la notion meÔme d’autorite¨ en famille. Ils ont raison d’y penser, car a° l’heure actuelle, il s’agit pour nous, adultes, de re¨fle¨chir a° cette finalite¨, a° cette justification de l’autorite¨, pour que quand nous avons a° "exercer notre autorite¨" nous le fassions sans mauvaise conscience. Au fond, autorite¨ ne s’oppose pas a° liberte¨. C’est pourquoi, si l’autorite¨ est bien comprise, elle gardera toujours sa raison d’eÔtre, et nous dirons meÔme, elle aidera les jeunes dans l’e¨veil de leur liberte¨.

Que les parents vietnamiens ne s’affolent donc pas. La notion de liberte¨ n’est pas une notion importe¨e de l’exte¨rieur. Elle vit latente, dans notre aÔme orientale, elle ne demande qu’a° eÔtre e¨veille¨e, a° s’orienter.

Re¨cemment, le 23 mars 1968, nous avons recu une lettre d’un de nos anciens e¨le°ves (22 ans) qui nous e¨crit en comple¨ment de re¨ponse a° notre enqueÔte sur les valeurs: "...En ge¨ne¨ral les parents vietnamiens s’occupent beaucoup de l’e¨ducation de leurs enfants. Ils font souvent d’e¨normes sacrifices financiers pour les envoyer dans des bonnes e¨coles. Cette pre¨occupation des parents se prouve encore par le nombre fabuleux de parents qui participent aux Associations de Parents d’e¨le°ves et aux Colloques Parents-Professeurs. La plupart des parents sont tre°s "libe¨raux" maintenant, et il serait faux de dire qu’ils empeÔchent la personnalite¨ des jeunes de s’e¨panouir..."
Espe¨rons que ce te¨moignage soit l’e¨cho fide°le de cette e¨volution si appre¨ciable dans la mentalite¨ des parents vietnamiens d’aujourd’hui. Ce qui montre qu’ils ont re¨ussi a° "faire le pont" entre la notion de liberte¨ et d’autorite¨.
D’ailleurs c’est un fait incontestable que la famille vietnamienne a e¨te¨ depuis toujours le premier milieu e¨ducatif qui marque la personnalite¨ et la socialisation des jeunes. Sans doute, l’argument d’autorite¨ avait la pre¨se¨ance, mais cela ne veut pas dire que le sens de la liberte¨ e¨tait pour autant ignore¨ ou refuse¨. C’est ce qui nous permet de fonder notre espoir une fois de plus sur le milieu familial dans l’e¨ducation des jeunes aux valeurs.

Depuis longtemps, le bon sens populaire a reconnu qu’un "enfant aime est un enfant heureux", c’est-a°-dire un enfant de¨ja° en possession de ce "me¨tier de vivre" que Rousseau voulait qu’on apprenne a° son Emile. Nous touchons ici un facteur essentiel pour l’e¨panouissement du jeune en famille: la se¨curite¨ affective. Il faut qu’il se sente accepte¨, aime¨ par les membres de la famille. Or la premie°re difficulte¨ a° laquelle se heurtent les adultes, spe¨cialement les parents, c’est d’arriver a° voir ve¨ritablement le jeune, a° le conside¨rer tel qu’il est, avec ses valeurs propres qui ne sont pas toujours dans l’optique des parents. Et le drame est que nous, parents, avons du mal a° entrer vraiment en relation avec nos enfants parce que nous les abordons tre°s souvent par le biais de nos raisonnements et de nos plans, alors qu’eux, ne sont pas du tout dans cet univers-la°.

Si nous voulons envisager les proble°mes de nos enfants et surtout ce proble°me crucial de la liberte¨, ce serait un effort d’humour vis-a°-vis de nous-meÔmes, de recul pour nous dire: "Nous ne voyons pas le monde de la meÔme manie°re" et il faut eÔtre la° attentifs, respectueux, accueillants.
Le Cardinal Suenens e¨crit a° ce propos: "Nos jeunes re¨clament de nous que l’on ait foi dans leurs e¨nergies latentes, naturelles et surnaturelles... Les Teddyboys, les Blousons Noirs qui ne savent que faire de leurs e¨nergies inemploye¨es nous montrent par l’absurde qu’il y a la° une carence a° combler, si nous voulons re¨pondre aux vraies aspirations"

Cette pe¨dagogie de la confiance suppose donc avant tout l’acceptation effective du jeune dans le cadre familial. Combien de jeunes n’ont cesse¨ de faire remarquer leur solitude au milieu des leurs, ou° les enfants organisent leur monde, sans la moindre attention de la part des adultes, ou la fin de la journe¨e, les parents n’ont ’autres conversations que leurs proble°mes...et le poste de radio pour combler les instants ou° ils ne savent plus quoi dire ni quoi inventer!...
Reconnaisons qu’a° ce niveau, nos familles vietnamiennes auraient inte¨reÔt a° consolider ce lien de¨ja° si fort du sang, par une ambiance de spontane¨ite¨, d’attentions re¨ciproques en famille: En cela, les anniversaires, les feÔtes, les veille¨es, les rencontres... constituent un atou important a° exploiter pour cre¨er un climat affectif favorable a° l’e¨ducation de la personnalite¨ des jeunes sans que l’autorite¨ ait a° intervenir trop brutalement. La feÔte, c’est le point culminant de l’existence communautaire et le moment ou° s’affirment les supreÔmes raisons de l’eÔtre. Il y a la°, pour l’e¨ducation des valeurs des crite°res a° mettre en e¨vidence.
Une fois que le jeune se sent re¨ellement chez lui, en famille, la taÔche des parents sera plus facile. C’est a° ce moment que la famille pourra l’aider vraiment a° la de¨couverte d’autres valeurs, charrie¨es par le monde moderne de la technique, qui risquent de semer la confusion dans son esprit.
Il faut que la famille aide le jeune a° faire le tri, a° donner aux moindres parcelles de son "butin quotidien" leur densite¨ et leur relativite¨. Ainsi par exemple, les jeunes lisent les journaux, e¨coutent la radio, regardent la te¨le¨vision. Que de faits sont emmagasine¨s sans peut-eÔtre provoquer une re¨action positive chez eux. C’est alors que les conversations pendant les repas, les veille¨es en famille vont permettre aux adultes de faire le point sur la hie¨rarchie des valeurs et leur ambiguite¨. Il est bon de leur apprendre a° "lire" correctement les e¨ve¨nements: faire remarquer que les donne¨es de fait sont relatives (les notes de classe sont relatives a° des moyennes, le nombre d’accidents relatif au total des ve¨hicules en circulation...); leur faire de¨couvrir qu’a° coÔte¨ des crimes, des de¨missions, il existe aussi d’autres sentiments plus nobles: coope¨ration, solidarite¨ internationale, de¨vouement obscur mais combien me¨ritoire des me¨decins, des missionnaires .. Les sensibiliser aux proble°mes concrets de leur participation dans le monde: campagne de la faim, ope¨ration "polio", lutte contre le sous-de¨veloppement etc...

En un mot, il ne suffit plus d’apporter aux jeunes une ve¨rite¨ toute faite (le monde est la° pour la contredire), une ve¨rite¨ acheve¨e, "consommable". Il faut encore penser avec lui, tout a° la fois le monde qui s’e¨tale devant lui, et lui se cre¨ant devant le monde. D’ou° responsabilite¨ e¨ducative des parents.
Certes un proble°me se pose: que les parents eux-meÔmes soient au courant de cette e¨volution rapide du monde et surtout que leur inte¨gration personnelle dans ce meÔme monde soit ve¨ritablement assume¨e. Autrement dit, qu’ils favorisent, selon leur condition, l’accueil des moyens de culture et d’information en famille: journaux, revues, radio, te¨le¨vision, spectacles, sorties...

Il est vrai que nos familles vietnamiennes pour le moment ne sont pas toutes en mesure de penser concre°tement a° ces moyens e¨ducatifs. Cependant s’appuyer sur ce pre¨texte pour e¨carter syste¨matiquement ces pre¨cieux auxiliaires serait me¨connaitre les vraies exigences de l’e¨ducation d’aujourd’hui. Nous connaissons certaines familles qui, par peur de l’influence ne¨gative du cine¨ma, des spectacles, des rencontres...obligent les jeunes a° se morfondre entre les quatre murs de leur chambre les jours de conge¨ au lieu de profiter de ces occasions pour e¨duquer leur jugement, ajuster leur personnalite¨. Ces parents pensent-ils quelquefois, qu’en dehors des jours de conge¨, les faits et gestes de leurs enfants e¨chappent a° leur controÔle?

Heureusement qu’il existe aussi des parents qui discutent avec leurs enfants sur un film, un article de journal auxquels ils les auront inte¨resse¨s...
Admettons que ces proce¨de¨s e¨ducatifs comportent un certain risque.
Alors nous dirons: que les parents et les e¨ducateurs acceptent les risques et les acceptent re¨ellement. Il y a la° une difficulte¨ re¨elle. A partir du moment ou° l’on aime pour de bon ses enfants, on a un peu peur de les laÔcher.

Que de fois, il nous arrive de dire: "C’est l’affaire des adultes...Il n’est pas encore mur pour..." Mais, il ne le deviendra jamais si on ne lui laisse pas faire son expe¨rience. Avec cette psychologie de la protection nous introduisons un risque beaucoup plus grand: celui de laisser l’enfant grandir paralyse¨ dans son intuition, faute d’avoir rencontre¨ quelqu’un pour l’e¨veiller et la mettre en valeur.
"C’est a° l’avenir que les e¨ducateurs doivent penser au jour ou°, eux-meÔmes n’e¨tant plus la°, l’enfant seul devant les situations nouvelles et portant a° son tour la charge de l’avenir, devra cre¨er, oser, de¨cider...Toute saine e¨ducation tend a° rendre l’e¨ducateur progressivement inutile, et l’e¨duque¨ inde¨pendant entre les justes limites" (Paul Grie¨ger).

C’est dans cette perspective que l’e¨cole est la plus habilite¨e pour seconder l’action des parents lorsque cette dernie°re n’aura pas e¨te¨ suffisamment efficace, par manque de moyens ou de compe¨tence.

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b) Au niveau de l’e¨cole

Ce dernier e¨tat de chose se constate plus fre¨quemment au Viet Nam ou° trop de parents sont he¨las souvent harcele¨s par leurs fonctions sociales ou leurs pre¨occupations mate¨rielles, laissant e¨chapper a° regret, des occasions d’aider efficacement leurs enfants. D’ou° s’explique ce souci qui hante les parents vietnamiens dans le choix des bonnes e¨coles pour leurs enfants.
L’e¨cole, communaute¨ e¨ducative de la personne.

D’aucuns savent qu’une ne¨cessite¨ s’impose aujourd’hui plus que jamais: relier l’enseignement a° la vie. Or, comment se pre¨sente la vie actuelle? Nous vivons, il est vrai, au temps des choix. De°s le matin, nous sommes invite¨s a° nous re¨veiller avec la musique ou avec le "beep" de notre radio-alarm. A la terrasse d’un cafe¨, nous pouvons boire a° notre gout une eau gazeuse, un jus de fruit, une bie°re ou un Pepsi. Nous avons la possibilite¨ de gagner notre bureau de travail par le moyen de transport de notre choix. Les jours de conge¨, nous pouvons e¨couter la radio, aller au cine¨ma, choisir un film qui nous inte¨resse, rejoindre des amis, travailler tout seul dans la chambre etc...Devant ces possibilite¨s de choix, nos e¨le°ves sont pour leur propre compte particulie°rement sensibilise¨s.
Notre roÔle d’e¨ducateur est de les aider a° discerner, a° hie¨rarchiser, a° choisir l’attitude qui convient, devant la diversite¨ et la confusion des valeurs dans un monde pluraliste, et de ce fait, particulie°rement e¨prouvant.

Pratiquement, au niveau de la classe, l’e¨ducateur s’attachera a° provoquer surtout les re¨actions du jeune et a° former ses qualite¨s d’observation et de jugement. En ce sens, l’enseignement dit profane pourra eÔtre une "prope¨deutique" a° une e¨ducation aux valeurs. Certes, l’e¨ducation intellectuelle ne suffit pas a° former des eÔtres qui s’engagent, ne¨anmoins, elle a sa place: Nous pouvons faire pressentir la nature de la vraie liberte¨ qui n’est pas dans l’inde¨pendance incontroÔle¨e comme le croient si spontane¨ment nos adolescents, mais dans la capacite¨ de re¨pondre a° l’appel des valeurs et dans la capacite¨ de ne pas subir un destin, mais de l’assumer. C’est a° l’e¨cole surtout que la "pe¨dagogie du he¨ros" doit eÔtre la pre¨fe¨rence de l’e¨ducateur. Aider nos jeunes a° conque¨rir progressivement leur liberte¨ en les mettant en contact avec des personnages qui se de¨prennent petit a° petit des remous de leur sensibilite¨, des fluctuations de l’instant pour rejoindre la zone profonde de leur eÔtre, la° ou° jaillissent la vraie liberte¨ et la fide¨lite¨.

Plus meÔle¨s a° la vie adulte qu’autrefois, mieux informe¨s de ce qui se passe dans le monde, les jeunes actuels sont tre°s sensibles aux re¨alite¨s de la vie.
Notre pastorale scolaire se basera donc sur ces inte¨reÔts afin de fournir a° nos jeunes des occasions de juger, de re¨agir ensemble: le lancement d’une fuse¨e cosmique, une intervention chirurgicale spectaculaire, une brillante performance sportive, sont autant de sujets de conversations et de discussions, voire meÔme des sujets de dissertations orales ou e¨crites.. Les maitres trouvent la° une excellente manie°re d’e¨toffer leur enseignement tout en le rattachant a° la vie courante.

Rappelons-nous que l’enseignement le plus cre¨ateur c’est celui qui, s’inspirant des donne¨es du programme acade¨mique, e¨claire l’avenir par des "me¨diations" sur le passe¨ et le pre¨sent.
Les faits d’actualite¨s sont a° rapprocher de tous les grands faits humains pour mettre en valeur la courbe si e¨clairante des efforts, des e¨checs et des succe°s qui se sont succe¨de¨s tout au long de l’histoire, surtout de notre Histoire du Viet Nam, si tumultueuse mais combien riche en valeurs e¨ducatives!
Ainsi, l’inge¨niosite¨, la patience, le courage sont a° e¨clairer en corre¨lation avec ce qu’ils ont permis d’obtenir; alors que la sottise, la pre¨cipitation, la laÔchete¨ ou la te¨me¨rite¨ doivent eÔtre vues comme des causes principales des insucce°s.

Bref, un e¨ve¨nement contemporain un peu marquant dit long quand il est regarde¨ a° la lumie°re de ce que nous dit l’histoire sur ce que peut l’homme et sur ses limites, sur les "miracles" de sa volonte¨ et sur les catastrophes de¨clenche¨es par ses folles pre¨somptions...C’est donc faire taÔche e¨ducative que de profiter de tout ce qui alerte l’opinion pour aider les jeunes a° re¨agir, pour enrichir leur expe¨rience et former leur jugement. Ce travil n’est pas du tout du monopole du professeur de lettres ou d’histoire ou d’instruction civique; pour peu que nous ayons le souci de formation de nos e¨le°ves, les disciplines acade¨miques les plus "se°ches" que nous enseignons trouvent toujours des occasions de se rendre moins ste¨riles. En un mot, l’actualite¨ sera pour nous le moyen de faire discerner par nos jeunes des valeurs si menace¨es dans notre monde actuel. Notons en passant, qu’il est important - et cela se de¨duit de la psychologie meÔme des jeunes - de les aider a° distinguer le courage de la te¨me¨rite¨ pre¨tentieuse, l’humble labeur de la me¨diocrite¨. Nos jeunes ne sont que trop porte¨s a° donner leur approbation a° tout ce qui frappe et a° l’e¨clat (cela ne proviendrait-il pas aussi de cette mentalite¨ de triomphalisme chez certains e¨ducateurs?), nous leur rendrons service en essayant de leur apprendre avant qu’ils n’en fassent l’expe¨rience par eux-meÔmes, a° faire le tri entre ce qui parait et qui est re¨ellement. A ce niveau, un cine¨-club re¨gulie°rement organise¨ et anime¨ a° l’e¨cole, serait un excellent moyen de roÔder les faculte¨s d’observation, de jugement et d’e¨valuation des jeunes.

Mais au fil des anne¨es et avec la maturation humaine, ces choix d’abord appre¨hende¨s par les jeunes sous leur angle le plus superficiel, exigent de leur part des options plus fondamentales: choix du me¨tier, choix d’un mode de vie donne¨... Options qui ne¨cessitent a° leur tour une ve¨ritable liberte¨: la capacite¨ de penser et d’agir par eux-meÔmes. C’est cette capacite¨ que nous viserons en dernier ressort a° de¨velopper chez nos jeunes par l’assouplissement progressif des structures d’autorite¨, en faisant appel a° leur prise en charge personnelle: des menues responsabilite¨s de la 6e a° l’auto-gestion des classe Terminales par exemple.

Au fond, il s’agit la° de se servir aussi avec fruit du de¨veloppement de lasolidarite¨ scolaire. Tout ce qui a de tout temps oppose¨ maitres et e¨le°ves (discipline, loyaute¨, serviabilite¨) trouve souvent sa solution aujourd’hui par la conside¨ration du groupe: Si les valeurs individuelles ont perdu plus ou moins leur prestige, les valeurs sociales en ont conside¨rablement acquis. Rappeler l’enfant au devoir de respecter l’autre, de l’aider, de favoriser son de¨veloppement ne laisse jamais l’e¨ducateur indiffe¨rent. Par contre se situer par rapport aux autres est un des moyen de se promouvoir et d’assumer son identite¨ dans son groupe.

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